Myosotis/ Vergeet mij nietjes - Mathieu Bauwens
        
Myosotis/ Vergeet mij nietjes
Ce voyage photographique le long d’une frontière qui découpe mon pays en deux, d’Est en Ouest, séparant deux communautés aux langues et cultures différentes s’est imposé à moi quelques mois après la naissance de ma fille, en mars 2013. Se profilait alors une campagne électorale avec son verbiage aux accents communautaires auxquels nous sommes malheureusement trop habitués en Belgique, qui laisse souvent de côté les projets de société pour accentuer les différences entre communauté linguistiques du pays.

Chaque parent ressent-il à un moment cette angoisse face à ce petit bout d’homme qui le prive de sommeil pendant quelques semaines ? Je ne le sais, mais dans mon cas, un sentiment proche de la panique est remonté du plus profond de mon intimité pour me rester coincé en travers de la gorge. Cette tempête existentielle qui me traversait la tête, je l’ai utilisée pour accoucher à mon tour d’un projet quelque peu vague qui me trottait dans la tête depuis quelque temps ; l’exploration d’une partie de mon pays et un peu de moi-même, sans doute.

Un été, j’ai emprunté une voiture, acheté quelques cartes IGN des différentes régions traversées par cette ligne de fracture, et je l’ai suivie, à la carte, littéralement. Des souvenirs heureux des mouvements de jeunesse remontent alors de ma mémoire, diluant mon angoisse. Je respire, reprenant pied petit à petit sur le sol sec et poussiéreux de ce territoire que je photographie à présent.

La plupart des lieux que j’ai traversés m’ont laissé une impression de profonde paix, de vide et de calme, bien éloignée de l’idée de frontière en tant que séparation que j’avais.
J’étais au milieu de nulle part la plupart du temps.

Parfois, des endroits étaient bien plus chargés de signification, à mes yeux, par la présence de petits signes anodins ; tels ce matelas abandonné contre un champ de mais, pile d’un côté de la frontière ou encore ce chemin de terre venant se fracasser contre les pavés de cet autre chemin faisant frontière.

En cheminant à travers mon pays, sur cette ligne frontière, m’est venu à l’esprit une sensation d’inéluctable. Si cette ligne frontière est ainsi laissée à l’abandon, si personne ne s’en préoccupe, ne l’utilise pour ce qu’elle est, avec des murs, des barbelés, des postes de garde, n’est ce pas parce que cette frontière physique n’est plus utile parce que déjà existante dans nos esprits et notre quotidien ? Ce sentiment, un brin défaitiste, m’a fait me tourner vers un autre aspect de mon pays, le bilinguisme de certains couples ; Qui sont ces gens, comment vivent-ils cette dualité ?


J’écris ce texte sur ma table de salon, presque quatre ans après avoir fait ces photos, entouré de mes deux enfants qui crient et se chamaillent gentiment. Mon sentiment d’angoisse s’est envolé, la vie se poursuit et nous verrons bien où elle nous mène. Le débat communautaire est loin d’être clos, chaque semaine apportant son lot de situations rocambolesques, mais aussi typiquement belge.

Cette série de photos m’aura permis de faire un tour complet des questions qui me sont tombées dessus il y a quelques années. Le parcours sur le trajet de la frontière aura enterré une bonne partie de la question angoissante concernant le pays dans lequel nous avons décidés de mettre au monde nos enfants. Tandis que la rencontre de couples bilingues, dont la vie de famille débute ou continue m’aura permis de raffermir une confiance en l’avenir et en les gens qui peut parfois faire défaut à la lecture du monde via les médias.



“ Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c’est leurs conneries, pas leurs différences“

Anna Gavalda


Top